8 mars, journée de la femme – Hommage à Charlotte Joly

Une vie remplie de passions

« Derrière chaque grand homme se cache une grande femme… » À quelques jours de la Journée de la Femme qui aura lieu le 8 mars, EdC a choisi de mettre à l’honneur cette grande dame que fut Charlotte Percheransier, qui épousa, un jour de 1920, Édouard Joly. Il était arrivé à Beaune vers 1910 et travaillait en qualité d’apprenti aux Établissements Doyes-Percherancier. Par leur mariage et quelques années plus tard, Charlotte et Édouard en deviendront propriétaires. De cette union naîtra Madeleine, qui prit pour mari un certain Jean Délémontez. Animés par la même passion, beau-père et gendre allaient créer ensemble le fameux avion “Jodel”. Cette histoire-là, tout le monde la connaît ! Mais revenons à Charlotte…

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Une carrière dans lenseignement

Née à l’aube du XXe siècle – en 1899 – à Beaune, Charlotte évolue dans une famille de commerçants en vente et réparation de machines agricoles et viticoles, installée route de Seurre. Dès l’adolescence, elle acquiert un fort caractère et une personnalité hors du commun.
En effet, à 20 ans elle enseigne la sténo-dactylo et la comptabilité à des filles désirant apprendre un métier. C’est que, dans les années 20, la Première Guerre Mondiale a mis à mal de nombreux pays. Il faut panser les plaies, tout reconstruire, inventer, développer… Les entreprises industrielles et commerciales fleurissent et les offres d’emploi dans le secteur administratif explosent. C’est dans ce contexte que Charlotte crée sa propre école qui se développe très vite. De deux élèves en 1919, elle passe à 10, puis 15, puis 20… au point de devenir très utile et connue auprès des entreprises beaunoises qui recherchent alors du personnel et s’adressent directement à Charlotte. Cinquante ans de carrière consacrés à son école lui auront permis de former près de 5 000 élèves. Dans le même temps elle donnera des cours gratuits pendant 12 ans à l’école communale rue du Tribunal à Beaune mais aussi, durant 6 ans à la section des apprentis. Elle cessera cette activité le 15 septembre 1969.

Une autre passion : laviation

Charlotte a 21 ans quand elle épouse Édouard Joly, qui possède également un esprit entrepreneurial. Il fabrique des postes radios chez Radio EJ route de Seurre. Enthousiasmé par l’aviation, Édouard pilote et s’intéresse à la construction d’avions, passion qu’il partage avec Charlotte. En 1925, ils deviennent tous les deux membres actifs de l’aéro-club beaunois, qui se consacre, à l’époque, uniquement au vol à voile. Un peu plus tard, un club d’aéro-modélisme voit le jour au sein même de l’aéro-club.
Les parents de Charlotte lèguent les Établissements Doyes-Percherancier à leur fille et leur gendre. L’enseigne prend alors le nom de Établissements Joly – Machines agricoles et mécanique générale. Une branche de réparations de planeurs y sera alors créée.
En plus de son travail d’enseignante, Charlotte s’occupe de la partie administrative de l’entreprise familiale ainsi que de l’aéroclub, dans lequel elle officiera bénévolement en qualité de secrétaire-comptable pendant 32 ans. Elle commence à apprendre à piloter, mais sa plus grande pratique fut l’accompagnement de son époux lors des premiers vols du Jodel D111. La légende raconte qu’elle servait de sac de sable, ce qui n’est pas flatteur. Les époux inséparables faisaient beaucoup de vols ensemble dont les voyages nécessaires à la présentation de ce nouveau biplace. Les journalistes lui donnèrent le surnom de “Grand mère volante”.

En parallèle de toutes ses occupations, Charlotte trouvera le temps de concevoir un enfant – Madeleine – ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre ses envolées dans le ciel bourguignon.
Quelques années plus tard, en 1945, Madeleine épousera Jean Délémontez. Débuteront alors, entre Charlotte la mère, Édouard le père et Jean le gendre, une complicité et une complémentarité qui les mèneront à la construction du fameux avion Jodel – contraction des deux noms Joly et Délémontez – en 1948.

C’est à ce moment-là que Madeleine, enceinte, assiste avec Charlotte et Jean au premier vol du BB Jodel D9 sur le terrain de Beaune, situé à l’époque, au pied de la montagne et le long du Genêt. Les sauts de joie et l’émotion ont entraîné la naissance prématurée du petit Jacques le 27 janvier 1948.
Quant à cet avion très maniable et fiable, il fera l’unanimité auprès des amateurs d’aéronautique et les commandes afflueront.
Au-delà de la notoriété d’Édouard et Jean, celle de Charlotte Joly était reconnue au point qu’il lui fallut, le jour de la signature d’un premier contrat avec l’État de 10 appareils D11, mettre en gage son école, ce qu’elle fit sans hésiter.
Aujourd’hui, on dirait sans doute de Charlotte qu’elle serait hyper-active. À l’époque, on la qualifiait de maîtresse-femme qui prenait toutes les tâches à bras le corps sans sourciller, car elle était animée d’un état d’esprit simple tourné vers le travail, sans doute au détriment du temps passé avec sa fille.

Distinctions

Même si Charlotte est peu citée dans les réalisations de son mari Jean et de son père Édouard, elle n’en fut pas moins un maillon très important. Sans rechercher une once de reconnaissance elle fut très fière, en 1947, d’être nommée Officier d’Académie pour services rendus à l’enseignement professionnel. En plus de ses distinctions rattachées à l’enseignement technique, elle reçut également la médaille de l’aéronautique pour service rendu à l’aviation.

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